mercredi 31 août 2011

Sans papiers, pas d’inscription, sans inscription, pas de papiers !


Aucun texte de loi ne stipule la nécessité de titres de séjour pour s’inscrire à l’université. De nombreuses universités françaises ne sollicitent pas de titre de séjour lors des inscriptions. Et pourtant nombreuses sont les Universités qui continuent d’exiger des étudiant-e-s étranger-e-s la présentation d’un titre de séjour en cours de validité pour les autoriser à s’inscrire. L’université n’a pas à se substituer à l’absurde travail de contrôle de la préfecture! La préfecture n’a pas à se substituer au travail pédagogique de l’université !

Tous les ans, plusieurs dizaines d’étudiant-e-s reçoivent des OQTF : Obligations à Quitter le Territoire Français, sont arrêté-e-s, placé-e-s en centre de rétention, et si une mobilisation ne s’organise pas en leur faveur, sont expulsé-e-s en cours d’année. Dans le meilleur des cas, ces étudiant-e-s vivent caché-e-s, étudient - à nos cotés - dans l’incertitude et l’angoisse.

Une vie dans la peur n’en est plus une. Nous devons réagir !

Construisons une solidarité active avec les sans papiers car ils subissent les premiers les dérives politiques et économiques inhumaines que nous subissons tous :
- Le contrôle social, le quadrillage policier, les rafles, l'enfermement et les expulsions…
- La précarité des conditions de travail, de logement, d’accès aux soins, l'exploitation et la misère…
Tolérer que soient bafoués les conditions de vie d’hommes et de femmes sans papiers, c’est préparer la régression des droits et des libertés de tous ! Aucun être humain n’est illégal !

La mobilisation est le seul moyen de construire un rapport de force pour changer la société. Aussi invitons-nous tou-te-s les étudiant-e-s et les personnels à se mobiliser pour réclamer l’arrêt des discriminations entre étudiant-e-s étranger-e-s et français-e-s lors des inscriptions à l’Université.

Étudiant-e-s, français-e-s ou étranger-e-s

Obtenons l’égalité des droit !

Fédération Sud étudiant

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lundi 15 août 2011

Soutien aux étudiant-e-s chilien-ne-s

Répression du mouvement pour l’éducation au Chili


Jeudi 4 août, Valparaiso, 23h – Ayant vu passer peu d’infos en français sur les évènements actuels au Chili, je me permets de publier ce texte, qui vise à vous donner une idée de ce qui se passe ici…

LE CONTEXTE : UNE MOBILISATION MASSIVE ET DURABLE DU SECTEUR DE L’ÉDUCATION

Les étudiants et lycéens, mobilisés depuis trois mois pour le droit à l’éducation, subissent une répression qui ne cesse de s’intensifier. Leur principale revendication est la création d’un véritable service public d’éducation, gratuit et de qualité, mettant fin au profit dans le secteur éducatif et à l’endettement comme passage obligé pour financer leurs études.

Leur mouvement a connu plusieurs journées de manifestations d’une ampleur inédite depuis le départ du dictateur Pinochet en 1990, auxquelles s’ajoutent les occupations d’universités et de lycées, et d’innombrables actions dans tous le pays : flash-mob chorégraphique face au palais présidentiel de La Moneda ; course de relais autour de ce même palais, d’une durée de 1800 heures, correspondant aux 1800 millions de dollars annuels qui permettraient de garantir l’éducation gratuite ; die-in ou assemblées sur la voie publique ; tentatives d’installation de campement à la manière « Puerta del Sol » ; blocage des principaux axes des villes avec des barricades…

Le gouvernement a donc dû faire des propositions, et a même fait quelques pas timides vers une réforme de la Constitution afin d’y inscrire le droit à l’éducation… Mais les réponses restent largement en-deçà des exigences portées par le mouvement : saupoudrage de quelques bourses et facilitation des prêts étudiants (encore ! ), jeu avec les chiffres pour des crédits supplémentaires dont on ignore sur combien de temps ils s’étalent (méthode éprouvée en France par Valérie Pécresse, vague promesse d’un meilleur contrôle sur les profits des établissements privés — qui rappelle celle de moraliser l’industrie financière…

Ce qui se passe ici est important et sûrement historique, par l’ampleur de la mobilisation, sa diversité et ses différentes « radicalisations »… Par la violence de la répression… Mais aussi en raison de l’importance des débats, qui au-delà du droit à l’éducation — déjà crucial — interrogent la répartition et l’utilisation des richesses (notamment celles issues des activités minières) et la représentativité d’un système politique largement hérité du régime pinochetiste. Petit détail : un sondage sorti hier donne 26 % d’opinion favorable au Président Piñera, le résultat le plus bas depuis le retour à la « démocratie ».

Les étudiants ont reçu l’appui d’autres secteurs mobilisés, comme les employés portuaires menacés par une réforme centralisatrice qui risque de détruire de nombreux emplois, ou les mineurs qui demandent la renationalisation du cuivre (comme l’avait fait Allende).

Répression et réaction spontanées

La mobilisation se poursuit donc, et de nombreuses manifestations avaient lieu aujourd’hui dans tout le pays. Mais le gouvernement est passé à un nouveau stade de répression, et a décidé d’interdire les manifestations, en particulier dans le centre de Santiago. Ainsi, les lycéens qui ont tenté de se réunir ce matin pour manifester dans la capitale se sont heurtés à un millier de policiers, leur empêchant l’accès à l’emblématique Plaza Italia. S’en sont suivis de violents affrontements, dans une ville en état de siège, qui ont débouchés sur de nombreuses arrestations dans une pluie de gaz lacrymogènes et de coups de matraque.

À Valparaiso, les flics ont empêché les manifestants d’avancer vers le Congrès national, barrant la route avec de nombreux véhicules tirant eau et gaz lacrymogènes. Comme lors des manifestations précédentes, les manifestants ont alors occupé les avenues principales du centre-ville, parfois accompagnés d’une fanfare bon-enfant, à d’autres endroits en élevant des barricades. Les policiers les ont délogé violemment mais ont connu quelques problèmes d’effectifs, recevant même en fin d’après-midi l’appui de la police militaire chargée de protéger le port…

À 18h30, une seconde manifestation était prévue à Santiago, appelée par les étudiants et professeurs. Elle était également interdite, et la tension est montée d’un cran : les étudiants qui tentaient de rejoindre la Alameda (avenue centrale de Santiago) afin de manifester, ont été repoussés par la police avec des grenades lacrymogènes en grande quantité. Depuis, des barricades s’élèvent sur les grandes artères de la capitale.

Un groupe d’étudiants (plus de 200) a occupé pendant une heure les locaux de la chaîne Chilevision, qui appartenait au président Piñera jusqu’à son élection. Ils ont été délogé par la police à l’instant. Le nombre officiel d’arrestations dans tout le pays s’élève maintenant à 552, et les autorités annoncent également 29 policiers blessés.

Un groupe de députés et sénateurs de l’opposition parlementaire (communistes, socialistes et démocrates-chrétiens) annonce un recours constitutionnel contre le ministre de l’Intérieur, pour la violation des libertés de réunion, de manifestation et d’expression.

21H00. Les étudiants ont appelé dans la soirée à un « cazerolazo » et de nombreux habitants de la capitale font du bruit avec poêles et casseroles, dans la rue ou par les fenêtres… La même scène se déroule à Valparaiso et probablement dans d’autres villes du pays : les gens sortent spontanément, souvent en famille, pour manifester leur refus face à la répression et soutenir le mouvement. Cette forme de mobilisation rappellent les années de dictature, où elle était utilisée par la population pour exprimer son mécontentement depuis les fenêtres malgré les interdictions de manifester.

22h30. Les barricades brûlent encore dans Santiago, ainsi qu’un grand magasin. Dans le centre, les lacrymos rendent l’air irrespirable, et les ambulances évacuent des personnes évanouies.

ÀA Valparaiso, en début de soirée, une centaine d’étudiants a essayé de manifester en direction du Congrès, et s’est heurtée à la police.

Indymedia Paris, 5 août 2011.

jeudi 4 août 2011

Une rentrée universitaire en légère hausse

Les frais d'inscription augment de 1,72% pour les licences. Le budget des étudiants sera également affecté par le coût du logement.

La rentrée universitaire 2011 pèsera un peu plus que l'an passé sur le budget des étudiants. Annoncés il y a déjà plusieurs semaines, les droits de scolarité pour l'année 2011-2012 ont été publiés dimanche au Journal officiel. Les étudiants de licence devront s'acquitter d'une somme de 177 euros, contre 174 en 2010 (+1,72%). Mais ils ne sont pas les plus touchés. Les coûts des masters et doctorats sont également à la hausse, passant respectivement de 234 euros à 245 euros (+4,7%) et de 359 euros à 372 euros (+3,6%). À ces augmentations s'ajoute celle de 3 € de la cotisation obligatoire au régime étudiant de Sécurité sociale, désormais à hauteur de 203 euros.

Le 11 juillet dernier, le ministre de l'Enseignement supérieur, Laurent Wauquiez, avait jugé, contre l'avis des grandes organisations étudiantes, les hausses des frais étudiants «limitées». Il avait précisé au passage que «la France est le pays au monde où les frais d'inscription sont les plus bas».

L'Union nationale des étudiants de France (Unef) observe toutefois que 28 universités, sur les 83 établissements que compte l'Hexagone, demandent à leurs étudiants des frais d'inscription «illégaux». Selon cette organisation étudiante, ces universités abuseraient de frais annexes, au titre des frais de dossier ou de prestations spécifiques. Ainsi certains établissements, parmi lesquelles figurent ceux de Grenoble II, Pau, Toulouse I et Aix-Marseille III n'hésiteraient pas à demander aux étudiants des sommes comprises entre 1700 et 4500 euros!

Laurent Wauquiez s'est engagé, le 13 juillet, à «traquer» et «interdire» les frais supplémentaires qui seraient illégaux. «À la rentrée, on surveillera tous ces cas. On négociera très précisément avec les présidents d'université (…) et si ces frais ne sont pas retirés, je saisirai le tribunal administratif. Ce sera une première, ça n'a jamais été fait, mais j'irai jusque-là», a précisé le ministre.

La hausse des frais de scolarité intervient dans un climat d'augmentation généralisée des postes de dépenses de l'étudiant. Début 2011, l'Observatoire national de la vie étudiante évaluait déjà à 34% et à 20% la part des ressources étudiantes consacrées respectivement au loyer et à l'alimentation. Or «l'augmentation des prix du logement en 2011 aura inévitablement un impact sur la part du budget étudiant consacré au logement» remarque, Julien Blanchet, sécrétaire général de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage). Le coût du ticket de restauration universitaire sera également relevé de 1,7%.

Par ailleurs, un temps évoquée par Nicolas Sarkozy, la question du versement d'un «dixième mois» de bourse semble de nouveau en suspens après les déclarations du ministre de l'Économie François Baroin. En ces temps de rigueur budgétaire, le ministre a annoncé lundi que «le budget 2012 ne va pas être un budget qui aura pour objectif d'additionner des chèques pour faire plaisir à telle ou telle catégorie». Laurent Wauquiez, ministre en charge du dossier, a préféré ne pas se prononcer sur la question avant la rentrée.

L. Belefant pour Le Figaro, 2 août 2011


En campagne contre Vinci

25 Avril, 2011

Malgré la crise apparente, le capitalisme reste en expansion et cherche toujours à conquérir du pouvoir sur nos vies. Les débrouilles quotidiennes, la moindre bribe d’autonomie, le petit savoir-faire, la dernière pratique collective sont intégrés au marché ou rendus illégaux. Il s’adapte à tous les contextes politiques et peut se montrer ultra-violent et prédateur ou consultatif et éco-responsable selon les besoins, pour maintenir le cap du profit de quelques uns.

Parmi les outils à sa disposition, figure en bonne place la maîtrise de l’espace. Le déracinement des populations est depuis longtemps une manière de les rendre dépendantes de la société de consommation et soumises au marché du travail. Dans le même temps, le territoire qui permettait leur subsistance est réorienté et rentabilisé dans une logique de profit. Chaque espace doit avoir son orientation économique, de la zone industrielle à la plaine céréalière centralisée , en passant par la région montagneuse, sa détente pour riches et son énergie bois. Quand chaque région devient spécialisée, un schéma global de transport à grande vitesse s’impose. Le quadrillage des voies de communication garantit la cohérence de l’ensemble. Alors pullulent les grands projets qui relient les pôles entre eux : lignes Très Haute Tension, Lignes Grande Vitesse, autoroutes, ceintures périphériques, métros, tramways, boulevards, tunnels, aéroports, qui alimentent ou permettent d’autres grands projets tels que complexes nucléaires, barrages hydrauliques, terminaux pétroliers, parcs éoliens, zones commerciales, grands stades et urbanisation des campagnes.

Pour de telles réalisations, la recette est toute trouvée : les partenariats public-privé (PPP) Ils permettent d’allier la légitimité démocratique, la maîtrise de l’ensemble géographique, la finance publique et les forces de l’ordre de l’Etat ou des collectivités locales aux savoir-faire, réseaux et réalisme commercial et sans scrupule de grands groupes privés omnipotents. Ceux-ci proposent de prendre en charge l’ensemble des projets, de la construction à la gestion commerciale. Des entreprises comme Eiffage, Bouygues ou Vinci se partagent un gâteau monumental et sans cesse renouvelé. Les grands projets phares y sont des vitrines pour leur image de marques, des actionnaires confiants et du profit boursier. Mais la multitude de leurs interventions sur l’espace (aménagements urbains, rénovations de quartiers, ronds-points, zones commerciales, vidéo-surveillance…) est leur business quotidien. Sous prétexte de progrès et de services rendus à la communauté, ces partenaires vont toujours plus loin dans la colonisation de nos vies. Tout est fait pour que rien ne leur échappe et que chaque geste du quotidien soit rentable et contrôlable. Décomplexés, ils l’affirment haut et fort : « Eurovia aménage votre cadre de vie » !

En 2000, Vinci devient le « premier groupe mondial de construction-concession », après avoir été vendu par Vivendi à des actionnaires. En 2009, il participe à 240 000 chantiers dans plus d’une centaine de pays ; Avec 5% de croissance en 2010, son chiffre d’affaire atteint 33,4 milliards d’euros et son carnet de commande augmente de 15%.

Il est un des collaborateurs favoris des pouvoirs publics mais il sait aussi se mettre au service du privé. Le projet ITER de fusion nucléaire est implanté à titre d’expérimentation internationale sur le site de Cadarache (13). Avec Areva – son partenaire jusque dans les mines d’uranium au Niger ou ailleurs – et malgré les nombreuses voix qui s’opposent à cette nouvelle absurdité mégalomaniaque, Vinci construit le désastre…

La Ligne Grande Vitesse Sud Europe Atlantique est un projet très contesté dans les régions concernées. Plusieurs collectifs et associations organisent des manifestations pour dire stop aux grands projets destructeurs et coordonner des actions en Europe.

A Notre-Dame des Landes (44), depuis 40 ans, un projet d’aéroport international s’inscrit dans une expansion de la métropole Nantes/Saint-Nazaire. Aujourd’hui, Vinci s’est emparé de ce chantier pionnier : un aéroport éco-labellisé. Le groupe et ses alliés publics entendent mener les travaux à terme, tout en prétendant respecter une démarche démocratique : par exemple, une enquête publique encadrée par une multitude de gendarmes et de gardes mobiles. Face à cette hypochrisie, les terrains concernés par le projet sont occupés et le combat s’intensifie.

L’autoroute que construit Vinci entre Moscou et Saint-Pétersbourg saccage entre autres, à Khimki, la dernière forêt moscovite. Noyé dans la corruption, ce projet d’expansion urbanistique s’impose aux habitants et n’avance qu’à coups de violences policières contre les opposants. Le campement de résistance installé dans la forêt a également été la cible d’attaques par des milices fascistes. Le tabassage, les tortures, les menaces, les inculpations pénales et les assassinats sont certains des moyens de répression mis en oeuvre par le capital afin de défendre ses propres intérêts sous prétexte de travaux publics.

Une campagne contre Vinci ?

Parce que la machine qui nous domine est diffuse et omniprésente, il paraît difficile d’imaginer comment s’en émanciper. Une des stratégies possibles est de faire converger des forces en ciblant un de ses rouages pour ébranler l’ensemble. En tant que grand acteur de ce monde, Vinci est partout. Si certaines de ses tentacules sont rendues visibles par quelques projets, les autres oeuvrent dans l’ombre en s’appuyant sur l’acceptation et l’isolement des individus.

Créer des solidarités entre les personnes aux prises avec Vinci (salariés, populations bétonnées, déplacées, irradiées, opposants réprimés…) pourrait permettre de dépasser des enjeux locaux pour identifer Vinci comme un ennemi public et affiner des stratégies concrètes et à long terme.

Collages, tractages, banderoles, tags, discussions, manifestations, projections, actions, péages ou parkings gratuits, blocages, occupations, ralentissements, sabotages sur les chantiers… sont autant de pratiques qui peuvent participer à renverser le rapport de force existant.

De multiples actions fleurissent déjà contre Vinci, organisons-nous localement pour intensifier cette campagne de façon déterminée et endurante.

Parce que c’est sur notre résignation qu’ils construisent leur business, partageons nos colères pour passer à l’offensive et se donner de la force.


Pour échanger des infos : https://stopvinci.noblogs.org
Pour une politique du savoir

La question se pose, à chaque fois qu'il y a un mouvement autour des universités, d'arriver à faire en sorte que ne soit pas laissée hors champ la façon dont est organisé, dont est construit le savoir universitaire lui-même. C'est ce qui me semble fondamentalement en question, et c’est ce dont beaucoup de gens ont parlé ici.
Cette question pourrait être formulée : quel sens peut-on donner à l’expression « politique du savoir » ? Entendue en deux sens qui sont d'une part la place du savoir dans le fonctionnement de ce que certains ont proposé d'appeler le « capitalisme cognitif », centré sur une économie de la connaissance, et d'autre part comment construire ou comment concevoir une image du savoir qui soit irréductible à ce fonctionnement ? Etant entendu que l'on ne peut pas se contenter de resservir la critique de l'idéologie telle qu'elle a été menée il y a longtemps. Il me semble que les travaux de Foucault en particulier sont les plus convaincants sur la nécessité de dépasser une analyse en termes de critique de l'idéologie ; je pense en particulier à l'entretien de 1976 dans lequel il dit qu'il faut substituer au couple science-idéologie, le couple politique-vérité, et qu’il faut examiner dès lors ce rapport entre politique et vérité, ou entre politique et savoir.
Ce qui est vraiment très important il me semble c'est de remarquer la limite du point de départ des mouvements de contestation. Ce qu'on entend dans les luttes liées à l'université et d'une façon générale à l'école, c'est qu'il y aurait quelque chose comme des impératifs économiques, des impératifs marchands, qui s'imposeraient dans un espace qui devrait a priori être soustrait à ces impératifs ; on serait supposé penser que cet espace, l'espace universitaire, l'espace de construction et de diffusion du savoir, y serait a priori étanche. Or en réalité il me semble nécessaire de bien voir qu'il n'y a pas intrusion d'une logique libérale dans un espace qui y serait a priori soustrait. La question est plutôt de savoir ce qui dans cet espace est déjà disponible à ces impératifs, déjà tourné ou déjà préparé à cette intrusion qui n'est donc pas une intrusion qui vient de l'extérieur : quelque chose bien plutôt l'appelle et en réalité a peut-être toujours été en phase avec ces impératifs là.

[...]

Pour conclure sur ces quelques points dont on va continuer à parler, il me semble qu’une politique du savoir devrait avant tout permettre de défaire les fausses étanchéités, dont je vois quatre types. Premièrement entre un savoir à priori soustrait à sa valorisation marchande et sa valorisation de fait, deuxièmement entre la question de la diffusion et de la transmission du savoir et celle de son mode de constitution, troisièmement entre le savoir qui se transmet et celui qui est en œuvre dans la lutte politique, et quatrièmement entre la question du savoir telle qu'elle est ainsi posée et la manière dont peut être subjectivée l'effectivité d'une lutte politique. Dans tous les cas, ce qui est en jeu de multiple manière est la relation du savoir et de la vie.

B. Aspe, 25 mars 2009